In Nomine
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Résultat Primaire au PS
Soirée d'élection hier au PS : Je sais que vous en avez cure mais sur la fédération de Paris, Ségolène n'a pas dépassé 50 %. Maigre consolation pour les ségolènophobes comme moi. Maintenant, que les éléphants se rallient à Ségo plutôt que de trouver leur cimetière perdu n'a absolument rien d'étonnant devant l'ampleur du couronnement de Royal. Que ceux qui crient à la lacheté leur jette la première pierre. car rien de nouveau là-dedans, et à la rigueur, il vaut mieux peser sur la balance que de faire de soi un poids mort dans le parti. Alors, oui, Ségo n'est pas précisément la candidate que je préfère mais maintenant, accuser la démocratie de ne pas délivrer le résultat qu'on souhaite comme certains, c'est entretenir à son encontre un certaine naïveté. Hélàs, ce ne sont pas seulement les idées qui font triompher mais aussi les voix, les têtes qui les énoncent. Or justement en matière de communciation, les bras cassés ne manquent pas au PS. C'est limite le service de traumatologie. Et ce au moins depuis Rocard en 1993 : Entre un qui s'est rêvé messianique (Jospin) au point de faire poireauter ses ouailles jusqu'au moment où il a réalisé que son temple s'était vidé, un DSK dilettante qu'on a pas entendu pendant cinq ans, et un affabiulateur chronique en panne d'amour des militants, avouez que Ségolène avait de la marge, sans parler de ceux qui prenne langue à la télévision uniquement pour nous faire part de leur vocation de martyr...
Ségo portée par le buzz médiatique ? Certainement. Mais il y a eu aussi les trois débats entre les candidats. Et il reste 150 jours avant la présidentielle, de l'eau aura coulé sous les ponts d'ici là.
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De l'héroïsme
La mémoire de nos pères est le dernier film de Clint Eastwood. Le sujet est celui de la conquête de l'île d'Iwo Jima sur laquelle se trouvaient retranchés près de 12 000 soldats japonais. La bataille se trouva être une des plus sanglante de la guerre du Pacifique pour les américains, 7 000 soldats US y ayant perdu la vie. En effet, l'armée japonaise s'étant littéralement enterrée dans le coeur de roche de l'île au sein d'un épais réseau de casemates et bunkers, l'armée US sous estimant grandement les bombardements nécessaires à la destruction de la place-forte, et l'infanterie qui débarqua se retrouva pris sous un feu d'une puissance qu'il ne soupçonnait pas. Cependant si le début du film fait la part "belle" au carnage du débarquement se rapprochant là de "Il faut sauver le soldat Ryan" de S.Spielberg, le spectateur n'a cependant pas droit à une longue séquence de boucheries. Rapidement le film se concentre sur la quetsion des drapeaux et conte, parallèlement au déroulement de la bataille, l'histoire des soldats qui auraient dressé le drapeau au sommet de la montagne dominant l'île, et surtout qui auraient été pris en photo à ce moment-là érigeant le mat du drapeau. Les trois survivants de la photo vont alors être invités à promouvoir l'effort de guerre en effectuant une tournée patriotique dans tout le pays.
Cette photo va donc changer leur vie. En effet, la photo, superbe portrait en soi de leur abnégation, du sens du sacrifice et de l'héroïsme des américains anonymes qui moururent pour leur pays, devient rapidement un enjeu politique par le succès qu'elle rencontre dans les médias US de l'époque. Comme le dit un vétéran de l'époque, un photo peut faire la victoire ou la défaite dans une guerre : celle d'Iwo Jima est alors rapprochée à celles prises aux Vietnam qui contribuèrent à saper la conviction des américains quant à la justesse de cette dernière guerre... 
Joe Rosenthal (Ned Eisenberg), celui qui prit le cliché Mais tout n'est pas si simple ; les trois soldats apprécieront différemment les événements, ne serait-ce que parce que ceux qui hissèrent le drapeau sur la photo d'Iwo Jima n'étaient pas forcément les premiers à le faire...et ausi parce qu'au fil de l'histoire, le désir des autorités de mettre en scène à tout prix l'événement pour convaincre le peuple de soutenir l'effort de guerre va entraîner nos héros d'un jour à remettre en cause la notion d'héroïsme. Quand l'un fera le dos rond acceptant les honneurs sans s'en faire, les deux autres auront toujours plus de mal à composer avec la mémoire de leurs camarades morts au combat. Il y ainsi plusieurs mouvements dans le film, l'un construit un mythe, celui du marine héroïque se sacrifiant pour la patrie, la photo ayant servi au final de modèle pour la statue érigée en Virginie non loin du Potomac à la mémoire des marines morts depuis 1775. 
Puis à côté, on voit comment ce mythe détruit les hommes dont il est l'objet. Le soldat Ira Hayes, campé par un Adam Beach vraiment poignant, aura ainsi bien du mal à se sentir digne des honneurs rendus alors qu'il estime avoir juste cherché à sauver sa peau et commis cruauté sur cruauté pour cela tandis que ses amis sont morts sans avoir bénéficié de tant d'égards. Tout le long du film, John Bradley - joué par Ryan Philippe, en tant qu'infirmier ne cessera lui d'être hanté par la figure de ceux qu'il ne parvint à sauver sur le champs de bataille. Ces deux-là passeront ainsi une part de leur vie à redonner les honneurs à ceux d'entre-eux qui moururent à l'assaut du mont Suribachi. 
John "doc" Bradley (Ryan Philippe) et Ira Hayes (Adam Beach) Enfin le dernier est la déconstruction du mythe du héros, phase mise en avant en particulier par la question absurde et récurrente de la liste des soldats ayant participé à la scène du drapeau sur la photo - aucun visage n'apparaissant disctinctement sur la photo. Ce débat est poussé jusqu'au plus absurde lorsque la presse prend soin de détruire la fierté d'une mère en prenant soin de lui annonçer que non, vraiment son fils ne faisait pas partie de sa photo, elle qui se raccrochait à cette image splendide lui jurant futilement que son fils n'était pas mort pour rien. Inversement une autre mère mourra de chagrin en partie parce qu'on refusa de reconnaître que son fils figurait sur la photo, ce qui était en fait le cas. Comme si finalement, il était important que chacun ait son petit bout de célébrité pour mourir en paix... Un excellent film de Clint Eastwood tiré du livre "Flags of our fathers" écrit par James Bradley, le fils de John Bradley, l'un des trois survivants. Assez impatiente de voir "Letters from Iwo Jima" censé donné un vue de la bataille du côté japonais, seuls 1000 d'entre eux ayant été faits prisonniers au final, les autres ayant été tués au combat ou ayant décidés de suicider "pour l'Empereur"(sic)...
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Ubu roi en Irak
C'est à un bien consternant voyage dans le temps que nous invite Rajiv Chandrasekaran. Début 2003, l'irak est envahi par les forces de la coalition américaine. Rapidement pour parer à la vacance du pouvoir, les américains installent sur la rive ouest du Tigre dans les murs des palais du pouvoir de Saddam un gigantesque complexe fortifié depuis lequel ils entendent relever le pays et convertir les irakiens à la Démocratie. Alors commence un incroyable récit, une tout autre histoire en fait... De l'intérieur de la zone verte, M. Chandrasekaran dresse un portrait effarant de cette bulle d'Amérique, totalement coupé du reste du pays, avec son propre système de distribution d'électricité, son fast-food, ses night-clubs... Tandis que pour tromper leur stress, les américains font couler l'alcool à flots et font la fête le soir, tandis qu'une trouble galerie de businessmen de tout poil négocient dans l'ombre l'obtention de juteux contrats auprès de l'autorité de tutelle américaine, de l'autre côté du mur, l'armée américaine en sous-effectifse voit contrainte de lacher la rue aux mains des islamistes qui trouvent même le temps de s'entretuer entre factions chiites et groupes sunnites. au milieu du drame, la population irakienne trinque mais pas comme dans la zone verte... Ce qui frappe dans le livre, c'est le double langage des américains, surtout vis à vis d'eux-mêmes. A la lecture de ce livre, on finit par se convaincre que oui, les américains n'y sont pas allés que pour le pétrole, ils y sont aussi allés vraiment par évangélisme démocratique, ce qui va en fait aggraver leur cas car las, tout, absolument tout va tourner au vinaigre : La répération du système électrique dont le coût a largement été sous-estimé tourne au fiasco, et ce un peu à cause de Saddam qui, pour cause d'embargo l'empêchant d'acheter les pièces de rechange des centrales électriques, avait concentré la distribution de courant sur Bagdad, plus fidèle que le nord kurde et le sud chiite... Bien sur, Paul Bremer, mettra tout le monde sur un pied d'égalité : plus d'électricité que pendant quelques heures pour tout le pays. Un bon moyen de se faire aimer. La démocratisation, c'est bien, mais laquelle ? En privilégiant le fédéralisme, ils ont certes donné une voix à chaque communauté mais le hic est que le pétrôle est concentré dans le sud chiite et le nord kurde (d'où les affrontements entre sunnites et pehsmergas kurdes à Kirkouk) et les sunnites de se retrouver privé de la rente de pétrole, sunnites qui constitutaient l'essentiel des cadres de l'armée de Saddam, armée dissoute par Paul Bremer pour la "débaassifier"... Heureusement pour ces messieurs que les américains aient beaucoup tardé à s'occuper des dépôts d'armes disséminés dans tout le pays par Saddam en prévision 'une guerre longue... Mais les sunnites ont un autre motif de soulagement, le pétrole aux chiites ? Pas forcément un cadeau... L'infrastructure pétrolière ne s'en est pas mieux sorti que le réseau électrique et fin 2006, en terme de capacités, la production pétrolière n'a toujours pas atteint celles d'avant l'invasion. Les américains comptaient financer la reconstruction du pays avec le pétrôle.Raté, d'où les incessantes demandes de rallonge budgétaire au congrès des Etats-Unis. La presse libre ? Encore faut-il qu'elle trouve des finances ! La création d'un télévision autres qu'Al Jezira et Al Iraqiya, plutôt hostiles aux américains et aux mains de capitaux du golfe, va tourner là aussi à la mauvaise blague, comme tout autre "contrat" (pétrole et électricité en étaient deux...), celle-ci a fait l'objet d'un appel d'offre remporté par une entreprise ... d'équipement militaire. résultat :malgré la bonne volonté du journaliste de guerre à sa tête, jamais la petite télé ne perça et fit, avec ses moyens ridicules, l'impasse sur l'actualité brulante du pays en diffusant par exemple une émission de recettes de cuisine oriental quand Al Jazira et Al Iraquiya, couvraient les combats de la milice Sadr contre les GIs "ennemis" à Nadjaf et Kerbala... Et cela sans compter les constantes ingérences de Paul Bremer sur la ligne éditoriale. Censurer, orienter une chaine que personne ne regarde ! Fallait être américain en Irak pour l'inventer celle-là... Dans le registre des illusions perdues, le récit de Chandrasekaran, bourré d'anecdotes, est absolument captivant tant on peut se régaler de l'incroyable galerie de mercenaires escrocs, barbouzes, et autres financiers véreux présente dans les murs de la zone verte. A ce titre, mention spéciale pour la compagnie Battles Custer, fondée - ça s'invente pas - par Battles, un body-builder californien se faisant par un ex-seal, et Custer, l'arrière-arrière-arrière petit rejeton du célèbre général Custer tueur d'indiens ;-) , un peu d'entregent, une banque peu sourcilleuse à Beyrouth et ça donne un aéroport de Bagdad sécurisé par des pieds nickelés, un valse de contrats dits "cost-plus" où les américains paieront à leurs compatriotes, la moindre fourniture au prix de l'or au lieu de la payer prix coutant plus une marge fixe... Coups tordus en tout genre, gabegie et méthode coué combinés conduisent à une tel désorganisation que les islamistes parviendront même à introduire un kamikaze au sein de la cantine d'un des principaux casernement de la zone verte sans parler des enlèvements d'otages par les sbires d'Al Zarkaoui dans cette zone soi-disant sure... Et Paul Bremer dans tout ça ? obligé de fermer les yeux sur tout pour ne pas éveiller l'attention des médias américains, il donna tout le long du récit un sentiment d'impuissance face l'énormité de la situation, et appliqua surtout conscieusement, en bon républicain bien borné, la consigne d'en appeler uniquement à des compagnies privées pour leur confier le maximum de tâches dans une absence de transparence qui frise la blague... 
Mais Ex-cep-tion-nel ! Dans son discours d'adieu, il dit en substance aux journalistes du monde entier: "L'irak est plus sur qu'avant leur arrivée, le monde est plus sur avec le nouvel irak. L'Amérique peut être fier de sa mission." Mais et en off ? Pas dur : "Paris is burning" Ubu-roi, je finissai par me demander... "Imperial Life in the emerald city" de Rajiv Chandrasekaran en langue anglaise.
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L'immeuble Yacoubian
L'immeuble Yacoubian ? Un immeuble massif de style occidentale qu'on peut trouver rue Talat Haarb dans le centre ville du Caire non loin de l'hideuse place Al Tahrir. Mais pas seulement. C'est aussi un roman d'Alaa Al Aswany qui raconte le destin de l'Egypte contemporaine au travers des habitants d'un des immeubles de l'ancien quartier huppé de Talat Haarb au Caire (ce fameux centre s'est maintenant plutôt déplacé du côté de l'île de Zamalek et de la ville nouvelle d'Héliopolis au nord). Ainsi parallèlement à la déchéance de l'immeuble autrefois réservé aux éminents représentants de la société égyptienne de l'époque du Roi Farouk, Alaa al Aswany nous compte le destin désenchanté des habitants de l'immeuble. Depuis le devenir de Taha vivant, une jeune désœuvré basculant dans l'islamisme après avoir vu brisé son rêve de rentrer dans la police à Zaki Pacha, -sorte de vieil hidalgo local tout droit sorti d'un roman de Robert Solé, celui-c vivant dans les derniers mirages de sa séduction tente d'échapper aux griffes de sa sœur qui projette de le dépouiller intégralement de ses richesses, en passant par le cynique "Hadj" (titre octroyé parfois à ceux qui ont effectué le pèlerinage à la Mecque), politique et homme d’affaire, hypocritement religieux et vrai renard dès qu'il s'agit d'accroître son pouvoir et confort personnel. Avortement, polygamie, corruption morale et financière, ségrégation sociale, brutalité policière, hypocrisies religieuses (et oui, les rares personnages coptes ne sont pas plus ménagés que les autres musulmans), homosexualité, aucun sujet de l’Egypte actuelle n'est épargné. Bien que sur ce dernier sujet, on tombe dans le cliché grossier : la relation homosexuelle décrite dans le livre met en scène d'un côté l'intellectuelle efféminé voire folle et de l'autre, le guerrier viril - le personnage d'Hatem. Gageons cependant que c'est déjà un exploit que ce sujet figure dans le livre même si on peut regretter que cette homosexualité soit quelque part présentée comme une psychopathologie. Pour le reste, la cible numéro un du livre est le pouvoir militaire de Moubarak qui est littéralement ramené à une sorte de diable omniprésent dans le livre au travers de la figure inquiétante du Grand Homme qui semble décider de tout depuis son repaire d'Héliopolis. Alaa Al Aswany, l'auteur de ce "page turner"
La critique a été unanime pour saluer ce roman d'Alaa Al Aswany. Sur le style, rien à dire, c'est bien écrit, assez direct, et assez entrainant dès que la lecture a commencé. Sur le fond, je suis moins convaincue. J'émettrais quelques bémols concernant l'islamisme armé tel qu'il est présenté dans le roman. Des amis en Egypte se demandaient comment ce livre avait pu échapper à la censure là-bas, et ceux-ci d'invoquer à demi-mots la bienveillance de quelques appuis discrets d'Al Aswany au sein du pouvoir. Peut-être. Pour ma part, le succès du roman doit aussi au portrait assez complaisant qui est fait de l'islamisme armé. En effet, dans tout le livre, jamais les islamistes ne sont présentés sous un mauvais jour. Et tandis qu'Al aswany nous dresse le portrait fort sympathique d'un gentil camp d’entraînement pour islamistes armés, le seul homme que ces derniers projettent d'assassiner dans le livre est une insupportable ordure tortionnaire de la police secrète. A coté, dans le livre, tous les discours des islamistes sont finalement plein de mesure tandis que Taha, le jeune qui devient islamiste armé découvre les joies simples de la vie chez les Frères (Il est marié de force avec une belle musulmane pieuse et vierge qui bien sur se fait une joie d'être ainsi livrée à un authentique moudjaheddine... ) . C'est que ça donne presque envie de rencontrer tous ces charmants messieurs pour tailler la bavette alors qu’en réalité, tous les jours, les muezzins dénoncent la main mise des étrangers et des juifs dans les rues du Caire en hurlant mille malédictions du haut de leurs minarets. Tout de suite sur place, dès qu'on comprend un poil l'arabe dialectal, les barbus paraissent moins sympathiques... Rien d'étonnant que l'immeuble Yacoubian a rencontré aucune opposition des Frères Musulmans puisque finalement le livre dénonce exactement les mêmes choses qu'eux. Aussi dénoncer l'hypocrisie religieuse de personnage tel que le hadj, c'est bien mais après avoir terminé le livre, j'ai ressenti un certain malaise. J'ai quand même eu l'impression qu'Al Aswany a dénoncé plus une mauvaise pratique de la religion que la bêtise de la religion elle-même. Le doute -mais pas plus - est permis : Quel discours sert Al Aswany ? Indirectement, Al Aswany sert finalement la soupe aux Frères Musulmans. Puis ce qui renforce le malaise, c’est l’absence totale de référence à tout autre opposition que celles des Frères Musulmans alors que si le mouvement Kefaya Keda n’est pas encore né à l’époque du livre (le début de la première guerre du golfe), l’opposition de la société civile, bien que très fébrile, existait déjà … Maintenant que les choses soient claires : c'est déjà un progrès qu'Al Aswany puisse écrire et échapper à la censure. L'Egypte vit sous une telle chape de plomb que je serai idiote de juger ce livre sous le seul angle de ses non-dits. L'immeuble Yacoubian reste un livre remarquable, le livre de la fin d'une époque, celle des cinq mandats de Moubarak au cours de laquelle le peuple égyptien a perdu beaucoup de ses illusions... Et ça, c'est déjà quelque chose.
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Poésie du temps passé
L'émotion était au rendez-vous ces derniers jours. Le week-end dernier, effectuant quelques travaux dans la maison familiale, n'étant guère manuelle, je proposais mes petites mains pour déblayer une pièce avant que la peinture n'y soit refaite. Je me pris alors à trier beaucoup de vieux papiers qui reposaient dans une vieille armoire fin 19ième siècle. Rapidement je me laissai happer par l'étrange kaléidoscope d’un jeu de vieilles photos de famille, jaunis par le temps. J'oscillai entre deviner les noms et identifier les lieux tandis l'émotion me paralysait à redécouvrir bien vivant des gens qui nous avaient quitté, dont certains il y a peu de temps. Un sentiment de familiarité m'envahit, et la lourdeur du temps qui passe, qui vous écrase, vous atomise le disputait avec l'assurance d'appartenir à une lignée, à l'histoire d'une famille, et de perpétuer son nom comme l'histoire de ces origines... Mais alors que je contemplais ces photos avec la nostalgie bien singulière d'un passé qu’on n’a pas vécu mais qu'on nous a conté, j’aperçus au fond de l'armoire, la couleur bleue d'un petit cahier... Impossible ! Ce cahier avait été perdu à jamais sur le siège d'un train il y a plus de 15 ans de cela, dérobé à jamais par mon étourderie. Je l'ouvrais sans illusion mais pourtant, aussi stupéfiant que cela pouvait paraître, c'était bien lui. Plus jeune, j'étais si admirative de certains auteurs, que je me plaisais à interrompre mes lectures pour recopier tels des mantras les plus belles de leurs sentences. Et au fur et à mesure de l'exercice, j'en venais à jeter quelques aphorismes de mon cru, et quand je me sentais suffisamment folle, je piquais ma plume à l'eau de la poésie, et me hasardais à l'audace de quelques rimes. Relire des écrits vieux de quinze ans est une sacrée expérience. Il y a tellement de distance que c'est aussi étrange que de revoir les figures mortes de mes vieilles photos de famille. Un poème pris au hasard, sans titre (l'encre est illisible). Je l'ai laissé tel qu'écrit à l'époque : Titre indéterminé (extrait de mon carnet de citations) Chacun son masque, Chacun ses frasques, Nul n'y voit plus que ses voies. Dans la sarabande, souffrant pour la lavande des pantins de Cassandre, Ils attendent le turbulent pour jouir de l'esclandre. Enfin vient l'ignorant croyant jouer l'important, riant des jeux des grands. Se plaisant seul à défier tous les masques prêts à tomber à ces pieds, frêles et usés, sur le long chemin des croisés, Il rit d'eux de bon coeur Oubliant qu'à l'intérieur, Ils n'ont plus de violons au coeur, Ni même d'âme sans horreurs. Celles-là se jouent de son heure Quant à leurs terribles candeurs, Cachées par leurs masques qui meurent Dès qu'apparaît entière la terreur De leur quête manquée du bonheur. Depuis ce jour, je reprends parfois la lecture de cahier au hasard de ces pages, et je salue cette jeune personne au lointain qui y écrivit. Elle ne s'attendait certainement pas à être lu par une autre, mais quelle autre !...
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Freakonomics, ou l'économie déjantée
Saviez vous que statistiquement, à rebours des idées reçues, le transport aérien est bien plus dangereux que la voiture. Comment ? Il suffit de calculer le taux de mortalité au kilomètre parcouru... Bienvenu dans le domaine de la Freakonomie !  Freakonomics est un livre de deux économistes, Steven D. Levitt et Stephen J. Lubner, qui se sont mis en tête d’utiliser l’arsenal statistique et probabiliste des sciences économiques pour s’intéresser... s’intéresser à quoi d’ailleurs ? La Macroéconomie ? La Micro ? L’Economie du développement ? Pas vraiment. En fait le dada de ces deux compères, c’est de décortiquer tous les comportements humains induits par des asymétries d’information, vraiment tous, et de démonter les idées fausses Bref leur principe est toujours le même : dans une situation donnée, il existe toujours une catégorie d’individus qui dispose d’informations privilègiées qui permet de s’arroger une bien-être supérieur. Partant de là, plutôt que de s’intéresser au cas bateau du délit d’initié, ou à celui de l’assureur et de son client, nos deux « freakonomistes » vont s’intéresser aux sujets les plus saugrenues et surprenants : ● Les sumos sont sensés avoir un total sens de l’honneur ? et bien c’est pour cela qu’au vu de l’étude statistique des séries de combats lors de tournois officiels, une bonne part d’entre eux trichent ! Essentiellement certains sumos se laissent battre pour que leur adversaire garde son rang. ● Le système de notation et de paiement des professeurs au mérite ? Un très forte incitation pour eux d’organiser la fraude aux examens, et ce d’autant plus qu’un prof a finalement très peu de chance de se faire piquer... ● Plus drôle, comment Superman a vraiment lutté contre le Klu Klux Klan !! Si, si, simplement l’auteur des aventures de Superman était un anti-raciste qui infiltra le KKK et révéla tous leurs secrets dans les aventures du surhomme en collants... ● Nettement plus provocateur, la baisse de la criminalité aux Etats-Unis durant les années 90 ? Gràce aux nouvelles méthodes de la police et à la hausse de ses effectifs ? Au durcissement de la justice ? Au vieillisement général de la population, au durcissement des lois sur les armes à feu, ou même à la bonne santé de l’économie américaine ? Que nenni, simplement toutes ces théories sont démontés une à une et au final, le facteur le plus important est ... la légalisation de l’avortement, et les deux freakonomistes de montrer que tous les pays d’Occident ont connu une forte baisse de la criminalité par le simple fait que les catégories de femmes qui avortent sont celles qui sans cela auraient eu le plus de chances de voir leur enfant devenir criminel plus tard, c’est à dire 20-25 ans après... Edifiant non ? Bien entendu, le livre de Levitt et Lubner est un ouvrage de vulgarisation, et ceux qui s’intéressent sérieusement aux travaux des "freakonomistes" pourront toujours se tourner vers l’abondante bibliographie, bien académique celle-là, à la fin du livre. Finalement, nonobstant la qualité des thèses exposées dans ce livre, ce livre est surtout écrit avec une certaine dose d’humour même si parfois le ton frise la condescendance universitaire. Au final, je ne reprocherais qu’une chose, c’est le peu de cohérence entre les chapitres qui donne plus l’impression de lire une compilation d’articles qui n’ont rien à voir les un avec les autres ; le livre se termine ainsi par l’étude de la popularité des prénoms dans les familles américaines suivant leur catégorie sociale. En la matière, les « prolos » copient la bourgeoisie qui cherchent à tout prix à se distinguer en trouvant des noms rares. Avec cette anecdote épouvantable de ces deux frères dont le père a eu l’idée d’appeler l’un « loser » et l’autre « winner » (c’est « winner » qui a loupé sa vie...). Bref un livre en apparence bien « freak » (dérangé, taré en VF), pour une lecture sympathique... mais aussi assez sérieuse. Pour ceux qui souhaitent l’actualité de la Freakonomie, le domaine a sa page web : http://www.freakonomics.com
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L’architecture, art Total (2)
La cité humaine est une prison si bonne quand les barreaux sont beaux, mais si terrible quand elle nous inflige le spectacle avilissant de l’horreur grise de ses façades tristes. L’architecture est le plus puissant des arts. Chacune de ses œuvres vous absorbe sans pitié. Du spectacle d’un tableau, de la projection d’un film, du jeu d’une pièce, ou de la lecture d’un roman, le regard peut s’écarter. Des murs d’une cité, on ne le peut jamais tout à fait. On peut fuir la ville, mais on y revient toujours. Le tout est alors seulement de choisir son domaine. Mais la possession du " son " est trompeuse, aucune ville ne nous appartient. D’ailleurs une ville est au mieux la possession collective de tous les architectes qui apposèrent leur signature sur la façade des bâtisses. Mais si posséder est un exercice exclusif - le pouvoir ne se partage pas -, la cité n’est dans l'absolue la possession de personne. L’empire de l’art est unique, celui de l’architecture en particulier. Vous ne pouvez échapper à son esthétique. Vous goûterez de la beauté à partir de lui, par lui et en définitive vous y reviendrez toujours. Lui seule reste. D’un homme on détruit le cœur et le corps, d’une civilisation, on détruit les cités car quand les images s’envolent, quand les écrits se perdent dans les replis de la mémoire, votre esprit reconnaît chaque jour le joug esthétique de l’architecture. Quand un homme tombe, sa maison ne vacille même pas mais quand elle tombe, l’homme tombe avec. L’architecture est un art totalitaire. Mais l’architecture a au moins un usage, celui de détruire tout l’horizon. Le Totalitarisme de l’architecture est si impérieux qu’il brise, efface toute ligne d’horizon. Les hommes sans horizon se libèrent plus facilement… Mais les hommes peuvent-ils se libérer ? Ne regarde t'on jamais ces vieilles photos où finalement on ne reconnaît que les murs ? Les hommes, les femmes, non seulement leurs visage ne nous disent rien mais leurs vêtements, leurs poses mêmes nous semblent bien étrangères. Pourtant ces rues de Paris, on les connaît. Il suffit de prendre ces photos en main, et de marcher le long des rues pour les retrouver ces témoins du temps : ces maisons, ces bâtiments qui ont vu naître et mourir tant de monde entre leurs murs. On en serait presque à se demander s'il ne reste pas un petit bout d'eux là-dedans. Ne serait ce qu'un petit rien du tout, une babiole, quelque chose qui ait traversé le temps. Mais non, pour la plupart d'entre nous, les bâtisses semblent éternelles. Peut-être l'amour de la pierre vient-elle de là ? L'envie, l'illusion de posséder quelque chose d'éternel. Pourtant nous nous trompons. L'éternité, ce n'est qu'une question de regard. Si vous regardez l'espace, le temps vous échappe toujours un peu - pensez à la photo. Si vous regardez le temps, l'espace vous échappe toujours un peu – pensez à l'architecture. Mais si vous croyez que les bâtisses survivent à l'homme, en définitive, vous avez tort. L'art est au creux de nos mains, et ce sont ces mains qui dressent les bâtisses, et non elles qui doivent nous dresser. Seulement la vie d'un homme est si courte qu'une partie de la dynamique du monde lui échappe forcément. Pour l'architecture, ce qui nous échappe fondamentalement, c'est le temps. Sauf à connaître l'histoire d'une bâtisse, celle-ci pourrait aussi bien avoir été bâti il y a 50 ans qu'il y en a 500 que nous ne saurions l'affirmer. Qui sait ? Peut-être était-elle là au commencement de tout ?... Mais l'homme aime ça, il aime l'éternité. Cette passion, il la cajole comme si cela pouvait l'aider à vivre plus mieux. mais quelle tristesse quelque part ! Combien d'hommes pour aimer des murs quand ils en ont si peu d'amour pour autrui. Ah ! Ils ont nombreux à aimer Paris, mais pour ce qui est d'aimer les parisiens, ce n'est plus pareil... C'est qu'il y a du con pour planter de la tente MSF n'importe sous ma fenêtre ! ... Enfin passons... Ainsi, sauf événement extraordinaire, une bâtisse bien construite se dégrade si lentement qu'il est presque impossible de le voir pour le commun des mortels. Son temps, sa dynamique n'est pas la notre. Nous ne voyons que son état. La bâtisse est comme un être à la Parménide, une sorte d'idéal métaphysique glacé qui fut, qui est et qui sera, comme en dehors de notre temps à nous, faits de chair et de sang. Pourtant au de là de notre regard courant, la bâtisse vit et meurt. Des fissures apparaissent, les bas reliefs se détériorent, la peinture s'écaille. Seulement le mouvement est si lent qu'il est imperceptible directement. L'architecte le sait, lui. L'architecte sait que la cité n'échappe pas à la dynamique du monde. Mieux, l'architecte s'en fait l'acteur. L'architecture est au creux de ses mains. La photo est trompeuse. Si jaunis soient-ils par le temps, les hommes demeurent au moins autant que les bâtisses qui l'entourent sur la photo. Oh ! Ils meurent mais ils reviennent et un jour, entre les mains de l'entre eux – l'architecte- un crayon, un compas, et des nouveaux plans viennent détruire les bâtisses. La prison s'effondre en peu de temps. L'architecte donne alors un nouveau visage -son visage- à l'éternité fictive de la cité. L'homme se libère le temps d'une création...Puis quand l'architecte s'est tu, l'architecture reprend ses droits, la prison est nouvelle mais pas les prisonniers. Un autre totalitarisme esthétique a pris le pas. P.S. : J'aurais bien réalisé une ou deux photos pour illustrer mais mon Nikon est HS, et mon magasin habituel est fermé en août...
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